Prédication 29 novembre 20 (Marc 13.33-37)

Marc 13.33-37 : Faites bien attention, restez en éveil et priez, car vous ignorez quand ce temps viendra.  Cela se passera comme pour un homme qui part en voyage: il laisse sa maison, remet l’autorité à ses serviteurs, indique à chacun son travail et ordonne au portier de rester éveillé.  Restez donc vigilants, car vous ne savez pas quand viendra le maître de la maison: le soir, ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq, ou le matin.  Qu’il ne vous trouve pas endormis quand il arrivera tout à coup! Ce que je vous dis, je le dis à tous: Restez vigilants.»

Chers frères et soeurs en Christ,

Veillez! C’est le mot d’ordre du temps de l’avent.

Ce temps, particulier, qui commence aujourd’hui, signifie avènement ou venue. L’avent est une venue.

En ces temps de préparation de Noël, notre esprit est en attente de celui qui vient. Voilà pourquoi nous sommes dans un temps de vigilance, un temps de conversion, un temps de joie, un temps de veille.

Il faut dire qu’effectivement avec l’Avent nous voyons l’obscurité s’étendre de jour en jour. Cet effacement de la clarté est à recevoir comme un appel à l’espérance. Quand tout s’éteint, nous restons vigilants.
Mais cette vigilance qui doit être la notre, ne doit pas être prudente ou inquiète, tel la vigilance d’un médecin de garde ou d’un pompier de service qui s’attend à être dérangé à tout moment, qui doit être prêt à intervenir. Ce n’est pas à cette vigilance-là à laquelle nous sommes appelé. L’évangile n’est pas une mise en garde contre un danger qui couve…

Quand Christ nous dit : « Faites bien attention, restez en éveil et priez, car vous ignorez quand ce temps viendra ».
Il nous met en éveil c’est à dire que notre attitude doit être plus quotidienne, plus simple, plus essentielle. Nous avons à être dépouillé, tendu vers une venue «intérieure». Notre attente se fait attention ; elle ne trouble pas le calme extérieur, mais elle occupe tout le désir du cœur, comme une écoute profonde.

Quand Christ nous dit : « Veillez », cela suppose qu’il met­ déjà dans nos cœurs cette force de veiller, précisément cette force qui ne s’appelle pas l’espoir mais l’espérance, c’est-à-dire la puissance d’éveiller nos cœurs à la rencontre de quelqu’un, ce quelqu’un étant le véritable moteur et le véritable dynamisme de notre comportement.

Autrement dit, le veilleur, est celui qui sait que la promesse ne faillira pas. Le veilleur est déjà tellement attaché à celui qui l’attend et vers lequel est tourné le désir de son cœur, qu’il est sûr que celui-là doit venir. Et nous le savons déjà par expérience humaine : lorsqu’on veille pour attendre quelqu’un, il y a une certitude incompréhensible, douloureuse même parfois, que la personne attendue ne peut pas décevoir notre attente et notre veille. C’est exactement l’état d’esprit que le Christ nous demande d’avoir pour entrer dans ce temps de l’Avent.

De cette venue, il n’est pas encore temps d’en dire davantage. Ce qui importe, c’est que chacun de nous entre dans cette attente si particulière
C’est à cela que nous invite l’évangile : une veille où celui qui est attendu ne vient pas d’ailleurs, mais doit venir comme chez lui, comme un familier qui entre sans qu’on s’en aperçoive, et qui, pourtant, va faire basculer toute notre vie.

Une attente particulière qui revient à attendre quelqu’un qui est déjà là, ce qui revient à le chercher, à le reconnaître, à le rencontrer.

Notre vigilance, notre attente est à la fois contemplative et active. Comprenons cela, sinon, l’Avent serait inutile et illusoire.Quand elle est contemplative, c’est à dire tournée vers un autre que nous, c’est là qu’elle porte le joli nom d’espérance. Quand elle devient active, qu’elle se met à l’ouvrage, elle s’appelle tout simplement volonté

L’avent est espérance et volonté parce que la Parole de l’Évangile nous apporte la joie, elle nous apporte l’optimisme et la force sans nous éloigner de la réalité que nous vivons. De plus cette espérance et cette volonté qui nous amène à Noël est un temps de conversion. Celui qui se convertit cherche Dieu. Nous le savons. Par contre, celui qui ignore qu’il a besoin de Dieu ne le recherche pas. C’est logique. Personne ne désire la liberté s’il n’est pas conscient d’être enchaîné, esclave d’une situation, soumis à une idole. Nous ne pouvons pas désirer la liberté si nous n’avons pas conscience d’être opprimé. Souvenons-nous que Christ, inspiré par l’Esprit de Dieu, nous a dit : « J’ai été envoyé pour évangéliser les pauvres. » Son intention n’est pas là de nous faire un cours de dialectique marxiste. Cela ne l’intéresse pas. Il nous indique simplement que pour écouter la Parole, il est nécessaire de se faire pauvre. Et bien la pauvreté de l’avent consiste à avoir faim de Dieu. Comme le pauvre a faim nous devons avoir faim de Dieu. Et c’est cette faim de Dieu que l’avent veut susciter.

Si nous voulons comprendre ce que cela veut dire dans nos vies alors il nous faut comprendre, en son temps, les mots du prophète Esaie.

Souvenons nous, en revenant d’exil et en arrivant à Jérusalem, le peuple de Dieu a trouvé un temple abandonné. Ce peuple n’a pas rencontré ce à quoi ils s’attendait à savoir une communauté humaine pleine de chaleur et de joie. Dans cette désolation, dans ces rues abandonnées, à travers les déchets d’une oppression qui a détruit la cité, dans ce moment où tous les survivants se regardent pessimistes, perdus, abattus, a surgi cette requête dont nous n’avons entendu qu’un court extrait  : « Nous sommes, dit le prophète, depuis longtemps comme un peuple sur lequel tu n’exerces pas ta souveraineté et qui n’est pas appelé de ton nom. Si seulement tu déchirais le ciel et descendais, les montagnes s’effondreraient devant toi! » C’est ça la faim de Dieu. C’est cette requête : « Si seulement tu déchirais le ciel et si tu descendais ». La faim de Dieu c’est l’homme qui sent le vide et qui s’oppose à l’homme autosuffisant. Comprenons cela. Comprenons que le riche signifie l’homme orgueilleux, l’homme remplit, rassasié, « coufle » de sa propre personne. Le riche cela peut aussi être un pauvre socialement qui même s’il ne possède pas de grands biens, croit qu’il n’a pas besoin ni de Dieu, ni de personne… C’est cela la richesse qui est abominable aux yeux de Dieu. Et bien justement, l’espérance et la volonté de l’avent c’est ce qui nous permet de comprendre l’effort que nous devons faire pour nous libérer de nos propres auto-suffisances.  Ce temps de l’Avent doit nous permettre d’examiner notre cœur pour voir si nous avons des sentiments de pauvre, pour voir si nous faisons partis de ceux qui ont faim de Dieu, de ceux qui sentent que sans Dieu tout est vide.. Exactement ce que nous dit Esaie dans sa belle prière : « Nous sommes tous devenus comme des objets impurs et toute notre justice est pareille à un habit taché de sang, nous sommes tous aussi fanés qu’une feuille et nos fautes nous emportent comme le vent.. »

C’est ce cri d’Esaïe qui nous fait apparaître Dieu lui-même, Dieu qui vient nous montrer son visage en Jésus-Christ. Et qui, comme Esaïe le pressentait, à ce moment-là toutes nos soi-disants bonnes actions apparaissent comme des vêtements souillés. A ce moment là nous saisissons que l’amour dont nous sommes aimés est infiniment plus grand que toutes ces misérables et ridicules parcelles d’amour dont nous sommes nous-mêmes capables et qui sont ces beaux habits dont nous flattons nos personnes.

Mais ne nous trompons pas, Christ, le Verbe incarné n’est pas apparu pour nous condamner ni pour nous juger. Il est apparu pour nous montrer l’amour de Dieu dans sa plénitude. Et devant cet éblouissement de l’amour de Dieu, tout ce que notre monde, tout ce que nous-mêmes portons de qualités est apparu comme ces feuilles mortes de l’automne. Devant la face de Christ, effectivement toutes nos œuvres apparaissent consumées comme des feuilles mortes que le vent d’automne arrache et enlève.

Voilà pourquoi dans un monde où le visage du Christ qui nous semble si douloureusement absent, dans un monde où si peu le connaissent et où si peu le cherchent, dans un monde qui tourne le dos à ce visage, qui ne veut pas le connaître, qui se bâtit, se construit, se remplit d’orgueil, en dehors de lui, nous en sommes, comme le prophète Esaïe, à clamer de nouveau : « Ah, si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! » :..

Pour autant, avoir faim de Dieu se n’est pas se lamenter… au contraire nous venons de parler d’espérance et de volonté.

Entendons alors ce que dit l’apôtre Paul : « L’Esprit Saint vous a été donné. Aucun don spirituel ne vous manque pour vivre dans l’attente du Fils de l’Homme. » Effectivement rien ne nous manque car le visage du Christ ne nous est pas inconnu. Le visage que nous attendons est déjà un don, un don qui se renouvelle dans la Parole de Dieu faite chair et faite visage. C’est la face de Dieu dévoilée à tout jamais. C’est cela qui nous est promis. C’est pour cela que nous avons besoin du visage du frère qui peut nous paraitre parfois une lointaine image, mais qui peut devenir si proche du visage de Jésus pour chacun de nous.C’est pour cela que nous avons besoin du visage du frère parce que en chaque frère, en chaque soeur que nous saluons, en chaque ami auquel nous donnons la main, en chaque malade que nous visitons, en chaque miséreux à qui nous faisons l’aumône, le visage du Christ est là en chacun d’eux.

« Faites bien attention, restez en éveil et priez, car vous ignorez quand ce temps viendra » Voilà pourquoi, chaque fois que nous allons à la rencontre d’autrui, il nous faut être vigilant.

Il nous faut devenir des jardiniers de l’âme. C’est à dire qu’il nous faut faire attention à ne laisser s’asphyxier aucune pousse d’espérance, aucun germe de volonté, aucun élan de l’imagination, aucun renouveau de courage, aucune racine d’une liberté naissante. Chaque fois que nous allons à la rencontre d’autrui, il nous faut encourager la confiance de ses propres idées, les forces avec lesquelles il se prend lui-même en main, les poussées de son coeur qui s’élargissent à la rencontre des autres. Certes cela demande beaucoup d’attentions, cela suppose énormément de ménagements. C’est bien pour cela que nous devons rester vigilant.

Nous sommes appelés à rester vigilant car, en ce temps d’espérance et de volonté, nous sommes invités à l’essentiel. Nous sommes invités par ce temps de l‘Avent à nous tourner vers ce qui est fondamental, vers ce qui est le sens profond de notre vie et de la vie du monde. Ne laissons pas passer cette occasion.

Rentrons en nous-mêmes pour y découvrir le Christ en train de naître, le Christ en train de prendre vie, de nous transformer, le Christ en train de faire de nous les membres de son corps, pour que, de commencement en commencement, nous allions jusqu’à ce commencement qui n’aura pas de fin et qui sera le premier jour d’un jour éternel, le jour même que Dieu a fait pour nous, ce jour dont le moment que nous partageons là en ce moment en ce dimanche est tout simplement déjà l’aurore et les prémices.

Amen

Pasteur Jean-Paul Nuñez

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