Culte avec Karine Michel

Ce dimanche était un vrai éclat de joie !

Le culte très intéressant proposé par la stagiaire Karine, et accompagné par notre équipe de musicos nous a vraiment réjoui.

A bientôt pour de nouveaux partages !

Prédication Karine MICHEL : Mc 1, 1 et 14-20 – Gal 5,1

Ce matin, j’ai eu envie de partager avec vous la lecture de ces 2 textes, l’un étant la lecture du jour et l’autre non. Parce qu’ils me semblent se répondre l’un l’autre. L’un comme l’autre, ces textes nous parlent de libération, et cette libération à un nom : Christ.

Si ces textes semblent se répondre, c’est parce que Marc dans les 1ères lignes de son évangile donne une forme littéraire à l’événement Christ dont parle Paul.

Paul, il exhorte, il interpelle mais il ne raconte pas une histoire, ça c’est ce que fait Marc.

Deux styles différents mais un même sujet : Christ et la libération qu’il nous apporte.

Je vous propose donc une réflexion en deux temps : allons d’abord découvrir ensemble comment ces 1ères lignes de Marc nous parle de libération, puis allons voir dans un 2d temps comment ça prend forme chez Paul, pour chercher à comprendre ce que cette libération peut être dans nos vies à nous, aujourd’hui.

Dans son 1er chapitre, Marc nous parle donc de libération. Ça ne saute peut-être pas aux yeux immédiatement mais il me semble que c’est le cas.

C’est d’ailleurs ce dont son évangile entier nous parle, mais ça c’est une autre histoire, et ce serait bien trop long de lire un évangile entier pour un dimanche matin, même si Marc est le plus court.

Concentrons-nous donc sur ces 1ers versets. Marc démarre son évangile par le mot grec αρχη, commencement. C’est le commencement de l’Évangile de Jésus Christ, fils de Dieu. Les mots sont posés, c’est clairement annoncé. Et si Marc choisi ce mot pour démarrer, c’est peut-être pour souligner une double chose : Christ est commencement de quelque chose et l’humain a besoin que quelque chose commence, fasse événement dans sa vie. Rencontre parfaite entre Celui qui est commencement et celles et ceux qui ont besoin de ce commencement.

Voilà pourquoi Marc ne démarre pas par une généalogie comme Matthieu ou par la naissance de Jean le baptiste comme Luc. Chez Marc, ça démarre au milieu de l’histoire – Jésus est déjà adulte – et ça raconte comment le Christ fait irruption dans nos vies, au milieu de notre propre histoire. Et cette irruption a au moins un objectif : nous libérer.

La question est donc de savoir comment et de quoi ?

Les versets qui précèdent notre texte, le récit de Jean le Baptiste, nous mettent face à un temps ancien – représenté par Jean – et l’ouverture à un temps nouveau. Ce temps nouveau est clairement annoncé par Jésus lui-même, qui proclame l’évangile de Dieu – ce que nous avons entendu aux versets 14 et 15. Après que Jean a été livré, Jésus nous annonce que « le temps est accompli et le règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Évangile ! ». Il y a bien là un temps qui s’achève – marqué par la mort de Jean, qui quitte la scène – et un autre qui commence, celui du Règne de Dieu. Et pour vivre ce temps nouveau, nous avons deux choses à faire, marquées par deux impératifs :

Le 1er – convertissez-vous – est un appel à la transformation. Ce Règne nouveau nécessite un renouvellement de l’existence. Autrement dit, à temps nouveau, attitude existentielle nouvelle.

Le 2d – croyez à l’Évangile – est un appel à la confiance. Croire à l’Évangile c’estEavoir confiance en cette Bonne Nouvelle du Règne de Dieu. L’attitude existentielle nouvelle sera nouvelle car elle va vivre de la confiance en Dieu.

Et ce double appel s’adresse à un « vous », ça veut dire qu’aussi longtemps que l’Évangile sera proclamé, ce « vous » entendra ce double appel. Et ce « vous », c’est chaque auditeur ou lecteur de l’Évangile, c’est chacune et chacun de nous.

Voilà comment Christ nous libère, en faisant irruption dans nos vies et en nous invitant à la transformation et à la confiance.

Ce que Marc raconte ici, dans les 1ères lignes de son évangile, c’est l’irruption de la puissance de Dieu dans nos existences. Le Règne qui s’est approché, c’est la fin d’un temps et le passage à un temps nouveau et ça, c’est l’affirmation d’une possible présence immédiate de Dieu. Le temps nouveau est marqué par le surgissement du Règne.

Ça veut dire que maintenant Dieu règne, et ça veut bien dire aussi que quelque chose d’autre régnait avant. Or, si Dieu règne sur nos vies, rien d’autre ne peut régner. Et c’est de cela que nous sommes libérés, de ce qui régnait avant.

Puis, le texte nous propose un autre récit, qui vient de suite après l’annonce de ce programme : l’appel des premiers disciples. Ce que ça souligne, c’est que pour mettre en œuvre le programme il faut être plusieurs. Rien ne se passe dans le ministère de Jésus avant cet appel, Jésus ne fait rien sans les siens. Et ce qui me semble intéressant ici, c’est que les disciples, c’est vous, c’est moi, c’est nous. C’est chacun de nous qui est appelé à être pécheur d’humain, c’est-à-dire à participer à l’œuvre de salut, en annonçant l’Évangile, en témoignant de notre rencontre avec Jésus, Christ, le Ressuscité venu transformer nos vies. Et cette ouverture d’un chemin, elle se fait dans le quotidien, dans l’existence. Jésus rencontre et appelle ses 4 premiers disciples dans leur réalité quotidienne. Ce sont des hommes en train de travailler. Comme eux, Jésus vient nous rencontrer dans nos vies quotidiennes, notre travail.

C’est pour cela que chez Marc le ministère de Jésus démarre ensuite – après notre texte – par un 1er geste, qui est un exorcisme. Ça ne démarre pas par une guérison ou un miracle de multiplication des pains, ça démarre par un exorcisme. Et un exorcisme, ça raconte une libération pour que Dieu puisse régner, reprendre la main sur la vie de la personne exorcisée.

Comment sommes-nous libérés ? Par l’événement Christ, surgissement de la puissance de Dieu dans nos vies.

De quoi sommes-nous libérés ? Par Christ, nous sommes libérés du règne des logiques humaines sur nos vies. Nous sommes libérés pour librement nous inscrire sous le règne de Dieu, pour vivre selon la logique de Dieu.

Et quelle est cette logique ? C’est ce que Marc nous livre au chapitre 8, verset 35 : « En effet, qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera ».

Voilà de quoi nous sommes libérés : de vouloir se sauver par soi-même. C’est ça la logique humaine qui nous tient prisonnier et de laquelle nous avons besoin d’être libéré.

C’est ce que Luther appelle le péché : est-ce que je veux me sauver par moi-même, par mes propres forces ou est-ce que j’accepte d’être sauvé par un autre que moi-m.me ? Le péché ne concerne pas les choses que je ferai bien ou mal, il ne concerne que le positionnement que je prends face à Dieu, ce que Luther appelle le Coram Deo : comment je me tiens devant Dieu ? Dans une justification par les œuvres, le travail que sont en train de faire Pierre, André, Jacques et Jean ou par la foi, la confiance qui les amène à tout quitter pour suivre Jésus ?

Ce à quoi nous appelle l’Évangile – ce que raconte Marc ici – c’est une μετανοια, une transformation radicale qui fait que je ne cherche plus à me sauver par mes propres œuvres et mes mérites, mais que j’accepte d’être sauvé par Dieu, uniquement par foi. Le fameux Sola Fidei cher aux protestants.

Voilà de quoi nous sommes libérés, sœurs et frères. Par Christ, en Christ, nous sommes libérés de notre volonté humaine d’être les plus forts et de vouloir tout contrôler dans nos vies.

Cette μετανοια, c’est l’expérience que vit Paul sur la route de Damas. Paul, avant l’irruption de l’événement Christ dans sa vie, il était pris dans une logique humaine, celle d’un système religieux avec des codes et des lois. En voilà un qui voulait sauver sa vie par lui-m.me et qui a même fait tout ce qu’il fallait pour, selon les logiques humaines. Il faisait tout bien, il faisait confiance à ses propres forces. Il nous l’avoue en Philippiens 3,5 : « Pourtant j’ai des raisons d’avoir confiance en moi-même. Si un autre croit pouvoir se confier en lui-même, je le peux davantage, moi, circoncis le 8e jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d’hébreu ; pour la loi, pharisien ; pour le zèle, persécuteur de l’Église ; pour la justice qu’on trouve dans la loi, devenu irréprochable ».

Paul, il a toutes les raisons de penser qu’il peut se sauver lui-même, il fait tout ce qu’il faut faire selon le système religieux auquel il appartient, il est le pharisien par excellence. Il fait tout parfaitement, il est parfait !

Et pourtant, Paul, il a été arraché à cette logique humaine par un événement, une rencontre avec

Christ qui surgit dans sa vie. Sur la route de Damas, ce qu’il vit c’est un nouveau commencement, au milieu de son histoire. Sur la route de Damas, Paul a été libéré.

Et c’est à ça qu’il nous invite dans le verset aux Galates que nous avons entendu tout à l’heure : « C’est pour que nous soyons vraiment libres que Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l’esclavage ».

Car les Galates, chers frères et sœurs, c’est nous – sauf peut-être pour la partie où Paul les traite de « stupides » ! Si je vous dis que les Galates, c’est nous, c’est bien parce que c’est nous qui avons été libérés pour la liberté. Christ nous libère de nos logiques humaines, de notre volonté de nous sauver à la force de nos petits bras, de notre tendance à nous prendre pour Dieu, de nos aliénations, de nos esclavages modernes, de notre orgueil – la liste est longue.

Et Paul, dans son inquiétude pour les Galates, nous rappelle à chacune et chacun d’être vigilant, de prendre garde à ne pas retomber sous ces logiques qui nous emprisonnent. Trop souvent nous cherchons par nous-même une solution aux problèmes que nous rencontrons : une rupture amoureuse, un problème au travail ou dans les études, une relation amicale qui s’effrite, et j’en passe. Trop souvent, nous croyons trouver une solution au problème – une échappatoire – et ce vers quoi nous nous tournons devient à son tour un problème, quelque chose qui nous emprisonne.

Et c’est en fait ça, les esprits dont parlent les récits d’exorcisme dans la Bible : l’humain a tendance à s’enfermer dans ce qui lui parait être une solution, il fuit dans les esprits pour tenter de se sauver lui-même et il se retrouve alors enfermé dans quelque chose qui le possède. Pensons aux addictions, à celles et ceux qui se réfugient dans l’alcool ou la drogue, pensant y trouver une échappatoire à leur mal-être, et qui se trouvent alors pris dans quelque chose de dangereux, de néfaste et de totalement possédant.

Ou pour un exemple plus léger peut-être, nous sommes en pleine période de soldes. Nous sommes poussés à aller acheter, à consommer des choses dont nous n’avons pas vraiment besoin. Nous sommes appelés à posséder, toujours plus, et nous sommes au final possédés par ce que nous possédons. Voilà des exemples de cette logique humaine dont nous sommes prisonniers, et dont Christ nous libère. Parce que l’échappatoire, nous n’en avons plus besoin. Parce que nos vies sont transformées, portées par la grâce de Dieu, don gratuit, toujours offert, à chaque instant renouvelé.

Et il me semble que Paul est l’exemple parfait de ça. Paul est l’exemple parfait de celui qui a été libéré de ce qui l’emprisonnait, lui qui cherchait une échappatoire dans la lecture pharisienne de la loi. Lui qui péchait en se prenant pour Dieu, en pensant se sauver par ses mérites et ses œuvres. Paul incarne à merveille le double appel : « convertissez-vous et croyez à l’Évangile ».

Et terminons par une question : que fait Paul une fois libéré ?

Paul prêche. Il ne fait que ça, ça ne l’intéresse pas de faire autre chose. L’événement qu’il a vécu l’envoi sur les routes pour prêcher et ce qu’il nous dit, c’est que c’est la seule chose à faire. La seule chose à faire dans nos vies, c’est d’aller annoncer l’Évangile, cette Bonne Nouvelle qui libère. Et de le faire sans s’enorgueillir, sans nous croire supérieur parce que nous croyons en l’Évangile et que par-là, nous avons été libérés. Car comment s’enorgueillir puisque nous risquons toujours de retomber dans le piège ? Comment s’enorgueillir de quelque chose qui ne tient absolument pas de nous mais qui nous vient de Dieu, gratuitement et par simple grâce ?

Voilà ce que j’avais envie de partager avec vous ce matin. Nous sommes libérés par Christ, qui fait irruption dans nos vies et nous ouvre un chemin de transformation, à vivre dans la confiance. Nous sommes libérés de tout ce qui nous emprisonne, ce qui nous lie (du verbe lier) et nous possède.

L’Évangile de Marc, dès ces 1ères lignes, est pleinement un évangile de libération, qui raconte ce que Paul ne cesse de prêcher : un Dieu libérateur qui fait de nous des êtres libres pour la liberté.

Et ce mot « libération » peut interroger, voire même faire peur, car il est employé dans certains milieux pour justifier des pratiques et dérives inquiétantes. Et pourtant, la libération me semble être le cœur même de la Bonne Nouvelle, de l’Évangile auquel nous croyons : car oui, Christ nous libère ! Et il nous libère pour que nous vivions la liberté d’une existence nouvelle, vécue dans la confiance.

Amen.

 

 

 

 

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