Culte avec Aku Wotsa Tsevi

Sur le conseil de M.Elian Cuvillier de l’IPT de Montpellier, nous avons la plaisir d’accueillir  pour la première fois à Clermont, la jeune étudiante en théologie, presqu’en fin d’étude, bientôt pasteur, Madame Aku Wotsa Tsevi.

Intéressant pour  notre paroisse de découvrir  un des nouveaux pasteurs, et intéressant aussi pour l’étudiant car il découvre ainsi la réalité d’une communauté.

A bientôt chère Wotsa !

Prédication : Jn 15, 1-8 

Musique

Chers frères et chères sœurs,

Le texte que nous venons de lire s’inscrit dans une série de discours dont l’orateur est Jésus selon le rédacteur. Jésus énonce une parole de révélation sur lui, Dieu et les disciples en mobilisant le langage métaphorique, relatif au champ lexical agricole : V 1 « Moi, Je suis la vraie vigne. Mon Père est le laboureur, le vigneron. V 5 « Moi, Je suis la vigne. Vous êtes les sarments ».

Dans les temps bibliques, la vigne était un bien précieux du paysan. La Palestine était vantée comme pays producteur de vin.

Dans l’A.T., des textes font mention du mot « vigne » tant au sens propre qu’au sens figuré. En Nb 13,23, des envoyés que Moïse a envoyés pour espionner la terre de Canaan reviennent avec des fruits, entre autres, un sarment chargé de sa grappe, preuve de la fertilité de la terre promise,

Avec les prophètes Es, Jér, Ez, Osée, la vigne, c’est Israël, le peuple de l’élection divine et le vigneron est Dieu.

Si dans le Ps 80, 9-12 et dans Es 5, 1-5, Jér 2,21, Ez 19, 12, Israël n’a pas pu produire les fruits qu’espérait Dieu, des fruits de justice, et doit faire l’objet de destruction, en Es 27, 2+6, et en Osée, 10,1 par contre, Dieu promet d’en prendre soin et elle est décrite comme une vigne florissante, produisant des fruits.

Dans le Cantique des cantiques 1, 14 ; 2, 15 ; 6,11 ; 7,9+13 ; 8,12 : là la vigne désigne l’épouse.

Ici dans l’Evangile selon Jean, il y a un déplacement qui s’opère : ce n’est plus Israël qui est la vigne, mais c’est Jésus lui-même. Cette identification est portée par « Ego eimi » : Moi je suis : une parole de révélation : ce « Moi Je suis » traverse l’Evangile de Jean : Je suis le pain, la lumière du monde, la porte, le bon berger, le chemin… Une parole qui dit qui est Jésus, une parole qui le démarque de tout, une parole qui fonde son autorité, sa singularité et son exclusivité. Une parole qui légitime sa divinité au moment même où cette question de sa divinité se posait. Seul Dieu dit « Je suis », Ex 3: quand Dieu envoie Moïse aux fils d’Israël en esclavage en Egypte, et Moïse lui dit Voici j’irai vers les fils d’Israël et je leur dirai : le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous. S’ils me demandent quel est son nom ? Que leur dirai-je ? Dis-leur : V 14 : « Je suis qui je serai ; Je suis m’a envoyé vers vous ». Jésus est « Je suis », Il est Dieu.

La vigne : ce n’est plus le peuple, un groupe de personnes. C’est lui Jésus, une personne singulière. Le rédacteur utilise le mot grec ampelos : pied de vigne (une plante unique) alors que dans les Synoptiques, c’est ampelon : vignoble (un ensemble de pieds de vigne). Jésus est ampelos, un pied de vigne, de la singularité de Jésus.

Il n’est pas que la vigne, il est la vraie vigne. L’authentique, la véritable. Cet adjectif épithète dit également quelque chose de l’ordre de la possibilité, du dépassement, de l’accomplissement : ce que Israël n’a pas pu réaliser malgré les appels de Dieu maintes fois: Jésus le réalise.

Un déplacement s’opère, oui. Toutefois, Dieu le Père est toujours le cultivateur, le laboureur, le vigneron. Il établit son rapport avec le Père. Sa vie et son ministère sont souscrits dans la soumission et dans l’entière dépendance au Père.

Le rôle du Père : Il enlève tout sarment qui ne porte pas de fruit et il émonde celui qui porte du fruit, afin qu’il en porte davantage. Dieu prend soin de la vigne en vue de sa fécondité.

Les sarments sont les disciples. Jésus, ampelos, un plant de vigne qui porte des sarments. Une singularité qui porte une pluralité en lui : il est une « personnalité corporative ». Il rassemble en lui ses disciples et partant de là tous les croyants de cette communauté johannique et nous aujourd’hui lecteurs et auditeurs de ce texte. Nous ne sommes pas sans savoir que lorsqu’on parle de la vigne, il y a forcément les sarments. Ils font partie de la vigne. Pourquoi alors, Jésus prend soin ici de dire, de préciser que les disciples sont les sarments ? A mon avis, je pense que le rédacteur veut pointer du doigt son rapport avec ses disciples. Lui « l’Ego eimi » qui vient dans le monde, se fait proche de l’homme, le porte, et demeure en lui. Cet amour qu’il a pour ses disciples, pour nous, et il veut qu’il soit réciproque.

Déjà que les disciples sont émondés par la parole que le Fils leur a dite, laquelle parole n’est autre que la Parole de Dieu, cette communion est possible. Le mot grec kathairo qui rend émonder  a un double sens : le terme agricole : émonder et le terme religieux : purifier. La notion de pureté est la condition d’accès à Dieu, la condition de communion avec lui. Aucune allusion n’est faite ici à des pratiques de rituel, à des efforts personnels à consentir, à des mérites. C’est la Parole qui rend purs. Bénéficiaires de la grâce, ils sont appelés à un être « demeurer en moi » et au faire: porter de fruits en abondance.

Tout comme les sarments ne peuvent vivre et produire des fruits sans être rattachés au pied de vigne, les disciples non plus s’ils ne demeurent pas en lui Jésus. Ce verbe « Demeurer » repris plus d’une dizaine de fois V 3-17 la relation, la communion de Jésus et des disciples, idée de stabilité, sédentaire, rester ferme, constant, immuable, cette communauté johannique, même au travers des épreuves. La notion de la fidélité de la relation à Christ qu’il a déjà rendu possible est une notion de durée dans le temps. Pas un entre-deux, pas de duplicité, pas de compromis. Comment être en lui et ne pas pouvoir porter de fruit ? Jean appelle à une appartenance exclusive, vitale à Jésus, à un croire stable, ferme, constant, fécond dont le but ultime est de glorifier Dieu.

Rappelons –le : c’est ce même langage que Calvin avait tenu aux adhérents de la réforme en France lors des persécutions.

C’est une relation mutuelle. Les disciples demeurent en Jésus et lui en eux, V 7 ses paroles demeurent en eux. Et ils reçoivent l’exaucement à leurs prières.

V 6 : Si quelqu’un ne demeure pas en Jésus, il risque de subir le triste sort qui est réservé aux sarments : jeté dehors comme le sarment, desséché, ramassé puis jeté au feu et brûlé.

L’union au Christ est la condition essentielle pour recevoir la vie et pour produire des fruits. le chrétien peut progresser dans la foi et porter toujours plus de fruits. Grâce à ces fruits, il devient le témoin de la présence de Dieu dans sa vie.

Concluons sur quelques notes de I Jn 3, 18-24, l’existence croyante appelle à un être au monde et à un faire. Un être au monde : il est bien vrai que notre contexte diffère de celui de la communauté johannique, il est vrai que nous ne sommes plus au tout début de la Réforme en France. Nous sommes en butte à des problèmes existentiels, tant personnel que collectif, tant national qu’international, et cela nous interpelle en tant que croyants. Cela interroge notre façon d’être au monde. Un faire qui ne s’inscrit pas dans la théologie des œuvres méritoires. Nous sommes déjà participants de la grâce. « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » ne nous renvoie pas non plus à la passivité, mais plutôt à nous décentrer de nous-mêmes et à faire confiance à la confiance de Christ. C’est ça le contraire de la culpabilité. Ce qui va, peut changer notre rapport avec Dieu et notre rapport aux prochains : s’aimer les uns les autres en vérité et en acte encore et toujours. Amen !

 

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