Chères sœurs, chers frères,
Je vous demande de vous plonger un instant dans un monde imaginaire, de vous laisser séduire par votre imagination.
Vous êtes prêts ? Eh bien, imaginez une scène qui s’est déroulée en 49 après Jésus-Christ. L’apôtre Paul se prépare à écrire une de ses lettres, attendue avec impatience par sa communauté. Il réfléchit, réfléchit et … réfléchit, mais il ne trouve absolument rien. Il s’assied donc à son piano, dans l’espoir que les sons de la musique lui donneront l’inspiration nécessaire à la rédaction de son texte.
(« Élise »)
Et voilà que la digue cède, que le blocage se dissipe, que les pensées s’échappent de la plume. Paul ne peut pas écrire aussi vite que les mots jaillissent. C’est la naissance des désormais célèbres épîtres aux Corinthiens pour la communauté chrétienne.
La première lettre, les versets 1-13, ce sont eux qui me fascinent, car ils font partie pour moi des textes les plus beaux et les plus profonds de la Bible. Dans ces versets, l’apôtre décrit la vraie nature de l’amour, intemporelle et universelle,
l’amour, le fondement de notre vie.
Dans ce qui suit, j’aimerais vous faire part de mes réflexions sur ces versets.
01 J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.
04 L’amour est patient ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ;
05 L’amour ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son propre intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ;
06 L’amour ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;
07 L’amour supporte tout, il a confiance en tout, il espère tout, il endure tout.
08 L’amour ne connaît pas de fin. Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, les connaissances actuelles seront dépassées.
1 Cor 13.1 : “ J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.
C’est une déclaration puissante ! Paul précise que toutes les capacités que nous pouvons avoir – qu’il s’agisse de parler dans d’autres langues, d’avoir un grand savoir ou même une foi profonde – ne valent rien si elles ne sont pas soutenues par l’amour.
1 Cor 13,4 : “ L’amour est patient ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ;
Ces premières lignes nous rappellent la patience qui nous fait souvent défaut dans un monde où tout va très vite. En littérature, nous retrouvons des pensées similaires chez William Shakespeare, qui dit dans “Le Marchand de Venise” : “L’amour est un être doux qui ne se presse pas”.
La patience et la gentillesse sont les piliers d’une relation amoureuse. Le véritable amour n’est pas égoïste. Son effet ne peut toutefois se déployer que si nous faisons face à l’ignorance, à la haine, à la convoitise, à la jalousie et à la vanité.
1 Cor 13,5 : “L’amour ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son propre intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ;
Il est clair ici que l’amour n’est pas seulement une émotion, mais un choix conscient. Il s’agit de faire passer le bien-être de l’autre avant le sien. En cas de conflit, nous avons tendance à nous sentir rapidement attaqués et à être rancuniers. Mais l’amour nous apprend à pardonner. Il nous aide à comprendre la perspective de l’autre et à nous serrer les coudes dans les moments difficiles.
Quelle tâche nous a été confiée !
Il est facile d’être patient et aimable quand tout va bien. Mais combien de fois perdons-nous notre patience lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu ? Combien de fois cherchons-nous notre propre intérêt au lieu de faire passer les autres en premier ? Paul nous rappelle que le véritable amour va au-delà de nos réactions naturelles. Il repose en Dieu et s’écoule dans notre vie par sa grâce.
1 Cor 13,6 : “ L’amour ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;
Ce verset nous montre la persévérance de l’amour. Il nous rappelle la responsabilité morale qui va de pair avec l’amour. Dans la poésie du poète autrichien Rainer Maria Rilke, nous trouvons l’idée que “l’amour est la lumière qui éclaire même la mort”. L’amour n’est pas aveugle, il a une orientation morale très claire. Il reconnaît le bien et le vrai et s’en porte garant. À une époque où il est souvent plus facile d’ignorer ou de minimiser ce qui est mauvais, l’amour nous invite à prendre position pour la justice et la vérité. Il nous encourage à nous engager pour le bien dans le monde.
- Cor 13,7 : “L’amour supporte tout, il a confiance en tout, il espère tout, il endure tout. «
Ces derniers mots sont un résumé puissant de la force de l’amour. Ce n’est pas seulement un sentiment, mais une force qui soutient notre existence. Dans les poèmes de Pablo Neruda, poète et écrivain chilien, nous trouvons l’idée que “l’amour est comme un océan, profond et incommensurable”.
L’amour nous donne de l’espoir et de la foi, même dans les moments les plus sombres. Il nous encourage à nous accrocher les uns aux autres et à surmonter ensemble les défis de la vie.
- Cor 13,8 : “ L’amour ne connaît pas de fin“.
C’est une promesse puissante. Tout le reste de notre vie peut passer, nos capacités, nos connaissances, même notre vie terrestre.
Qui pourrait l’exprimer plus joliment que Juliette dans la célèbre scène du balcon de la tragédie Roméo et Juliette (1594) de Shakespeare ?
“Ma générosité est aussi illimitée que la mer, mon amour aussi profond ; plus je te donne, plus j’ai, car les deux sont infinis”.
L’amour est donc infini. Avons-nous alors encore besoin d’un rappel, d’un acte symbolique, d’un rituel ? Les cadeaux entretiennent l’amour, c’est la devise du
14 février, et cela tous les ans de nouveau !
Est-ce le cas ? Ce 14 février est-il le seul jour de l’année où les hommes offrent des fleurs aux femmes, le jour de la Saint-Valentin.
Qui sait qui était ce saint ? En avons-nous besoin, ou un signe d’amour serait-il tellement plus vrai, plus crédible, tellement plus aimant sans ce rituel ? Eh bien, que chacun en décide pour lui-même. Ma position sur cette question est claire.
Chers frères et sœurs, ces 13 versets de l’épître aux Corinthiens ne contiennent-ils pas aussi un incroyable défi lorsqu’il s’agit de les mettre en pratique dans nos relations quotidiennes, en sachant toutes nos imperfections ?
Rappelons encore une fois ce qui est dit au verset 5 : “L’amour ne s’irrite pas et ne porte pas le mal en lui”.
Ne nous heurtons-nous pas trop souvent aux limites de nos efforts lorsque nous voulons mettre en pratique le commandement de l’amour du prochain implicite dans ce verset. Trop souvent, j’enfreins, nous enfreignons, le commandement que non seulement Paul, mais aussi l’apôtre Luc, nous a demandé de respecter.
Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée; et ton prochain comme toi-même.” (chapitre 10, verset 27)
J’avoue :
Souvent, trop souvent, mes efforts n’ont pas suffi.
Mais dans ce double commandement de l’amour du prochain, il y a aussi ces mots “… comme toi-même” ! Il vaut la peine d’y jeter un regard conscient.
Dans ce qui suit, je ne me réfère expressément pas aux formes dévoyées et pathologiques de l’amour de soi, qui ne sont pas l’expression de l’amour de soi, mais plutôt de la haine de soi, comme l’égoïsme, l’égocentrisme, et le narcissisme.
C’est uniquement sur l’amour de soi sain et authentique que je veux porter mon attention.
Comme le montrent de nombreux passages bibliques, celui qui s’aime en tant que chrétien n’accomplit tout d’abord rien d’autre qu’un commandement de Jésus.
Thomas d’Aquin (1225-1274), le plus grand théologien du Moyen-Âge, justifie la nécessité de l’amour de soi de manière très lapidaire en une seule phrase :
“La racine de tout le mal dans le monde est le manque d’amour pour soi-même”.
La raison décisive pour laquelle je peux, et dois m’aimer moi-même, c’est que Dieu m’aime. C’est son amour pour un monde perdu qui l’a poussé à faire de son fils Jésus un homme :
Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle” (Jean 3.16).
Mais alors, pourquoi ces questions, pourquoi ces doutes ?
Si Dieu t’aime, comment peux-tu te détester toi-même ?
Si tu as tellement de valeur aux yeux de Dieu qu’il a envoyé son fils Jésus pour toi, comment peux-tu penser que tu n’es qu’une petite lumière, inutile pour ce monde ?
Si Dieu t’accepte avec tous tes défauts et tes imperfections, pourquoi ne pourrais-tu pas t’accepter toi-même ?
S’aimer soi-même, c’est tout d’abord accepter l’amour de Dieu pour nous personnellement. Ce n’est que parce que je suis digne d’amour pour lui que je peux me résoudre à penser à moi de manière plus positive, plus aimante.
Le théologien allemand Hans-Joachim Eckstein, professeur du Nouveau Testament, a résumé l’amour de soi dans le poème suivant :
A ma grande surprise, j’ai commencé
le chemin vers moi-même,
là où je me suis mis en route
je me suis dirigé vers toi.
Quand j’ai voulu te voir tel que tu es,
comme tu es vraiment,
j’ai commencé à me voir moi-même
avec un nouveau regard.
Quand je me suis réconcilié avec toi
je me suis laissé réconcilier,
je suis aussi devenu de plus en plus
réconcilié avec moi-même
et avec ma vie.
À l’époque, comme aujourd’hui
je veux t’accepter
pour ce que tu es –
mon Seigneur et mon Dieu.
Et aujourd’hui comme alors
je fais l’expérience
que c’est justement en cela que je
m’accepte moi-même et je deviens ce que je suis –
Ta créature, un être humain.
Mais si Dieu t’accepte avec toutes tes faiblesses, tes erreurs et tes imperfections, il te pardonne, même si tu ne parviens pas à aimer ton prochain dans certains moments difficiles de ta vie.
Pourquoi ? … Parce que Dieu t’aime !
Chers frères et sœurs, gardons dans nos cœurs les paroles de l’apôtre Paul et efforçons-nous de pratiquer ce type d’amour dans nos vies. Puissions-nous être patients et aimables, pardonner et ne pas garder rancune. Car, comme Paul nous l’enseigne, l’amour est la plus grande chose que nous puissions avoir.
« Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et l’amour. Mais le plus grand des trois, c’est l’amour. » (1 Cor 13,13)
Ou pour reprendre les mots de Victor Hugo:
“L’amour est la clé qui ouvre les portes de la vie”.
Puissions-nous toujours tenir cette clé dans nos mains.
Alors arrivera ce qu’Édith Piaf nous prédit dans son Hymne à l’amour:
Amen.