Prédication de Jean-Pierre JULIAN

Luc 12 v 49 à 53 Le feu de la réconciliation

Sœurs et frères en Christ,

Être mis à part

Je vais m’attarder ce matin sur les premiers versets de ce texte de l’Evangile selon Luc où il est question de feu et de division. Jésus ici s’adresse directement à nos familles, à nos cousinades. Que cherche-t-il à nous dire ? De quelle nature est cette division qui touche nos familles ? Une première précision s’avère à mes yeux indispensables pour entendre d’une manière plus précise et, je le pense plus juste, ce texte. Lorsque Jésus notre Seigneur dit : « Désormais cinq dans une maison seront divisés, trois contre deux et deux contre trois. » J’interprète ce passage de cette manière : Il y a celles et ceux qui ont reçu la foi en Jésus christ et ceux et celles qui ne l’ont pas reçu. Vous remarquerez que j’insiste sur le fait de l’avoir reçu ou non. La foi est un don de notre Dieu, ne l’oublions pas. La question n’est pas de savoir pourquoi ce proche qui m’accompagne ne l’a pas reçu ? La question n’est pas, non plus, de trouver cela injuste de la part de Dieu. Qui sommes-nous pour juger Dieu ? La question n’est pas non plus de tout ramener à nous-mêmes : « Pourquoi moi et pas lui ? ». Cet égocentrisme n’a pas sa place ici. La question est plutôt celle-ci : est-ce que j’accepte d’avoir été mis à part par Dieu pour témoigner de Lui, de Son œuvre sur la croix, du don de Son Amour, de la communion qu’il nous offre ? C’est cette question-là qui est posé à chaque individu lorsqu’il est rencontré par la Parole du Seigneur. Et si j’accepte d’avoir été mis à part, cela sous-entend que j’accepte que le Christ sur la croix à pris mon péché, ma profonde désobéissance à la Parole de Dieu et qu’Il en est mort et moi avec Lui afin de vivre, dès aujourd’hui, en nouveauté de vie dans sa grâce et dans Son Amour. Laissons donc la Parole de notre Seigneur agir et œuvrer, aux temps fixé par Lui, dans les cœurs de ceux que nous aimons et de ceux que nous n’arrivons pas à aimer. Il n’y a donc aucun orgueil à avoir été mis à part par Dieu pour témoigner de Sa bonne nouvelle. Il n’y a aucun orgueil car Dieu en Jésus Christ agit de même pour tout individu qu’il rencontre. Notre mise à part, par notre Seigneur, signe aussi notre totale est pleine dépendance à son œuvre sur la croix. C’est-à-dire que depuis lors, nous n’appartenons plus à ce monde tout en vivant dans ce monde, tout en aimant ce monde et toutes les créatures qui composent ce monde. Nous appartenons à Jésus Christ, le crucifié/ ressuscité des morts qui siège à la droite de Dieu et qui vient bientôt. Nous avons été mis à part dans ce monde que nous aimons pour témoigner la bonne nouvelle de Jésus Christ, notre Seigneur. Cette bonne nouvelle se décline ainsi : nous avons été réconciliés avec Dieu notre Père par Jésus Christ ; le royaume des cieux s’est approché ; nos corps sont réellement le temple de la présence de Dieu ; il nous appartient de ne plus vivre dans l’esclavage du péché et de la mort ; il nous appartient de vivre sous l’éclairage de l’Esprit Saint et de contempler Son fruit. Contempler le fruit de l’Esprit Saint c’est laisser son Amour traverser notre corps et rencontrer ce monde que nous aimons et notamment tous les individus qui croisent notre chemin.

Le feu de la division

Ceci dit, nous vivons tous ce feu de la division dans nos propres familles, ou nous l’avons vécu à un moment donné, et peut être le vivrons-nous un jour ? En effet, parfois ce sont les parents qui vivent par la foi et pas leurs enfants, parfois c’est l’épouse ou l’époux qui vit par la foi mais pas les deux en même temps, parfois c’est les deux en même temps, parfois ce sont les enfants qui vivent par la foi mais pas les parents, parfois ce sont les grands parents qui vivent par la foi et pas leurs petits enfants et parfois c’est l’inverse. Bref, nous sommes tous confrontés à ce feu de la division dans nos couples, dans nos familles. Est-ce dramatique pour autant ? Non. Nous devons seulement continuer à prier pour celles et ceux qui ont la foi comme pour celles et ceux qui n’ont pas reçu la foi. C’est notre ministère en tant que communauté de confier à Dieu notre Père celles et ceux qui vivent dans notre entourage, dans notre proximité. Il est donc important de les confier à Dieu chaque jour dans la prière tout simplement, sans projeter pour autant quoi que ce soit sur l’action de Dieu à leur égard, sans projeter sur eux un changement de leur cœur. Car c’est Dieu notre Père et Lui seul qui en Jésus Christ et par l’Esprit Saint établi une relation avec chaque individu. Quand il veut. Comme il veut. Ou il veut. Nous sommes simplement appelés à les confier au Dieu Amour par Amour, un point c’est tout. Ceci dit, le feu de la division reste au sein de nos familles, il ne disparait pas comme par enchantement. Il y a ceux qui ont reçu la foi et ceux qui ne l’ont pas encore reçu ou qui ne la recevront pas. C’est un fait. Et comme la réception de la foi est un don entre Dieu et une personne dans leurs intimités. Nous ne connaitrons jamais la réalité de cette relation. C’est une affaire entre Dieu et chacun de nous. Cela ne nous regarde pas. Et c’est très bien ainsi. Il nous appartient seulement de les confier à notre Père au Nom de Jésus Christ par l’Esprit Saint. Un point c’est tout. C’est notre ministère en tant que communauté. Il est à noter aussi que ce feu de la division dans nos familles est aussi, paradoxalement, le feu de la bonne nouvelle.

Le feu de la bonne nouvelle

En effet, Jésus notre Seigneur dit : « Pensez-vous que je sois venu donner la paix sur la terre ? Mais non, vous-dis-je, la division. » J’attire votre attention sur la construction de cette phrase. La logique aurait voulu que l’expression soit : « Pensez-vous que je sois venu donner la paix sur la terre ? Mais non, vous-dis-je, « la guerre ». Ceci-dit, bien souvent nous entendons le mot « guerre » en écoutant cette parole. Nous interprétons inconsciemment cette parole comme l’annonce d’une guerre intra familiale. Il n’en est rien. Cette phrase choc de Jésus peut donc nous conduire à des contre sens. Ou pire encore, comme si Dieu nous demandait de sacrifier notre famille sur l’autel de notre engagement dans l’Eglise. Il est question ici ni de guerre intra familiale, ni de sacrifice. Ici, il est seulement question de division, d’une mise à part. Et cette division, cette mise à part est un feu que le Seigneur Jésus est venu jeter sur la terre. Là aussi, notre interprétation peut être faussée, notamment à cause de tous ces incendies qui dévastent nos belles régions. Le terme feu est fortement connoté dans nos têtes comme une dévastation, une destruction. Nous allons devoir préciser ici le sens de ce mot feu. Ce feu qui est jeté, littéralement, sur la terre, et combien, ajoute le Christ, il veut que ce feu soit allumé. Ce feu est celui de la bonne nouvelle qui depuis plus de 2000 ans court dans nos villes et nos campagnes. Ce feu brule les idéologies en tout genres qui aveuglent notre esprit, ce feu brule toutes ces idoles qui veulent se faire un nom dans la société et vers qui parfois nous jetons notre dévolu, ce feu consume tous nos penchants qui nous poussent à dévaloriser, écraser notre prochain, voir nous-mêmes. Ce feu détruit tout ce qui cherche à nous séparer du Dieu Amour, de la création, de nos proches et même de nous-mêmes. Ce feu consume donc toutes ses idéologies, ses idoles que sont l’argent par exemple. Ce feu, paradoxalement, libère en même temps un espace et permet au Souffle Saint de régner dans toutes nos facultés afin que grandisse dans nos vies cette réconciliation avec notre Père qui est aux cieux. Ce feu permet donc à l’Amour selon Dieu d’irriguer notre vie, notre corps, notre cœur, notre âme et notre force. Cette irrigation est permanente, salvatrice ! Lorsque la foi est venue dans notre cœur, lorsque nous avons été mis à part, un feu s’est donc allumé. Ce feu consume ce qui nous éloigne de Dieu, des êtres humains et de nous-mêmes et en même temps ce feu ouvre un espace pour une communion toujours plus profonde avec notre Père. Dit autrement c’est le sens du baptême que nous avons reçu.

Le baptême de Jésus est notre baptême

En effet, Jésus notre Seigneur dit : « Il est un baptême dont je dois être baptisé, et combien, je suis pressé qu’il soit accompli. » Le baptême dont parle Jésus ici c’est le procès qu’il va subir, le jugement devant les autorités religieuses, et politiques, et, c’est aussi la crucifixion, la mort, la résurrection, l’ascension. Ce baptême annonce en même temps notre libération profonde de cette puissance du péché, de cette réalité qui apparait en pleine lumière lorsque la Parole nous met à part. Cette réalité qui nous tenait captive a été engloutie dans la mort, une fois pour toute, par notre Seigneur qui est mort à cause d’elle et qui est ressuscité pour notre justification. Cette réalité qui nous tenait captive est resté dans la mort. Elle n’a donc plus une quelconque autorité sur nous. Celui qui a autorité sur nos vies c’est, dorénavant, le crucifié/ressuscité des morts. Oui, Jésus notre Seigneur est pressé, non pas d’en finir car cette épreuve est redoutable. Il est pressé car il sait que ce baptême va déclencher un feu qui ne s’éteindra pas. Ce feu est à la fois, je le répète, celui qui consume ce qui nous éloignait de Dieu et aussi ce qui nous rapproche de Lui. En effet, ce feu est celui de l’Amour qui vient de Dieu seul. La vocation de cet Amour est de se transmettre d’individu à individu. Cet Amour s’offre et déborde des cœurs de tous ceux et celles qui confessent que le Christ est ressuscité des morts et que Jésus est le Seigneur. Il déborde aussi de cette humanité que Dieu accompagne malgré tout. Jésus, notre Seigneur nous dit ce matin : « Il est un baptême dont je dois être baptisé, et combien, je suis pressé qu’il soit accompli. » J’attire enfin votre attention sur le verbe accomplir qui a été retranscrit et choisit par l’évangéliste Luc et ce sera ma conclusion. Parfois nous vivons comme si tout n’avait pas été accompli sur la croix par Jésus Christ, comme si nous devrions ajouter quelque chose à son œuvre, comme si Dieu nous demandait de parfaire l’œuvre du Christ par nos engagements, nos prières, nos œuvres de solidarités, nos élucubrations théologiques, notre foi. Il n’y a rien à ajouter à l’œuvre de Jésus Christ, notre Seigneur. Il y a seulement à rendre visible en tant qu’individu et en tant que communauté, ce qu’Il a accompli par Sa crucifixion, Sa mort, Sa résurrection, Son ascension et Sa venue prochaine. Nous ne sommes que les témoins de Sa vie, les envoyés de Son Amour qui proclamons Sa grâce surabondante et donc notre réconciliation avec le Père. Nous ne sommes que les servantes et les serviteurs inutiles mais ô combien heureuses et heureux d’être traversé par Son Amour, Sa grâce et Sa paix. Amen

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